(Branche Victorienne)
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Vous vous intéressez au débat politique entre le Nord et le Sud (le monde dit 'développé' et le monde dit 'sous-développé'), à la surpopulation et l'hyperconsommation de l'énergie?
Savez-vous que l'Australie est un pays surpeuplé? Après avoir lu le texte ci-dessous que pensez-vous de la situation dans votre pays?
L'Australie a beaucoup de points en commun avec les autres nations du Pacifique, un environnement fragile, un passé de "développement" à fond de train avec ses conséquences catastrophiques pour les peuples indigènes, et des problèmes croissants dûs à une démographie exacerbée par un fort taux d'immigration. Comme la plupart des nations du Pacifique, l'Australie a aussi une énorme dette nationale financière, et une vaste dette écologique. Pour la première fois dans l'histoire de sa colonisation, en 1994 l'Australie a été obligée d'importer du grain pour nourrir son bétail.
La presse australienne est prisonnière des multinationales qui favorisent l'exploitation forcenée des ressources, et ont besoin d'énormes populations de consommateurs et de travailleurs dociles. Donc presque toute discussion sur la politique de la population est étouffée dans cette presse nationale.
Le problème de la charge imposée à l'environnement par la densité de la population devient encore plus pressant depuis la capitulation du gouvernement australien devant les pressions industrielles sur la question des émissions de gaz à effet de serre. L'Australie a déclaré en 1995, à la Conférence des Nations Unies sur le Climat de Berlin, n'avoir pas l'intention de restreindre ses émissions. Depuis le gouvernement a changé de la Gauche à la Droite, mais le gouvernement actuel ne fait que réaffirmer cette position.
C'est bien l'intérêt des nations insulaires du Pacifique, que de souligner cette question à l'attention du peuple australien (qui ignore en général les conséquences de son niveau de vie sur ces nations), et du monde entier puisque l'Australie contribue bel et bien à l'émission des gaz à effet de serre, un phénomène qui risque de déboucher sur une montée du niveau des océans et la disparition sous les flots de certaines îles.
Je voudrais que l'on puisse, s'il est possible, profiter du réseau Internet pour faire ressortir les insuffisances des politiques australiennes sur la population et l'environnement - local et global. Dans l'espoir que nous pourrions tous, Nord et Sud, travailler là-dessus ensemble, je vous ai exposé ces faits.
Voici dans les grandes lignes les stratégies préconisées par l'AESP, et qu'il faudrait adopter en Australie et dans tous les autres nations et pays pour combattre la dégradation de notre terre et pour sauvegarder, non seulement l'espèce humaine, mais aussi les autres espèces, et la liberté et la solitude des grands espaces sauvages - qui est notre héritage et notre poésie à tous:
"Une Nation - Deux Écologies" est le sous-titre du dossier que le Gouvernement Australien a sorti vers la fin de 1994 sur la capacité en population de l'Australie. L'illustration de jaquette dit tout, divisant le continent en un vaste pays orange dominé par le désert et en une série d'îlots verts habitables bien plus petits. Le Comité pour les Stratégies à Long Terme qui mena cette enquête pour déterminer quelle population pourra vivre en Australie dans les cinquante prochaines années et au-delà, en conservant la qualité de vie actuelle, était un comité interparti, présidé par un membre du parlement bien connu, jadis champion de jeu-concours télévisé, et auteur d'un livre brillant, "Technologie and the Future of Work" (La Technologie et le Futur du Travail), Barry Jones.
Pour des raisons de politique de parti qui n'ont surpris personne, le dossier se contient juste de préciser un chiffre de population optimale, et présente sept scénarios (pp 144-145), dont trois sont rejetés comme "extrêmes", et un seulement est estimé comme préférable et auquel il sera le moins difficile d'arriver: l'option d'une population de nombre fixe, de dix-sept à vingt-trois millions d'habitants. Il n'y eu plus le moindre doute à ce sujet quand M. Wakelin, Membre du Parlement et du Comité, laissa échapper les mots suivants au Parlement Australien le 13 août 1994: "Le Comité a conclu que la population la plus vraisemblablement optimale pour l'Australie est de 23 millions." (House of Representatives, Daily Hansard, p. 4570.)
Même si le rapport reste discret sur son chiffre préféré pour la population, les faits élaborés emmènent le lecteur presque irrésistiblement à la conclusion que si les Australiens veulent consolider ce qu'ils ont, conservant leur niveau et style de vie et utilisant la technologie actuelle, la croissance de la population doit cesser. Bien que le rapport étudie la question d'une population plus importante qui utiliserait beaucoup moins de ressources, l'évidence est que l'Australie n'a toujours pas réussi à réduire son taux d'usage de ressources et de consommation avec sa population actuelle.
En examinant l'option d'une population importante, le dossier a noté qu'il existe en fait, pratiquement aucune suggestion pour que la qualité de la vie s'améliore avec une population croissante. Or il existe bien des façons par lesquelles on peut indiquer que l'intensification de l'usage de la terre qui découle de la croissance de la population détériore la qualité de la vie, le revers n'est que rarement ou jamais démontré (p.73). En plus il reproche à la science économique de restreindre la portée de ses études à l'immédiat ou au moyen terme: "La science économique a peu à dire au sujet des bénéfices économiques de la croissance de la population à long terme".
La Recommandation N°1 déclare carrément que l'on doit séparer les responsabilités politiques et administratives sur la population et l'immigration, parce qu'elles ont des buts différents et parce que "le Département de l'Immigration et des Affaires Ethniques est perçu comme étant chargé de promouvoir tout ce qui concerne l'immigration et de manquer d'objectivité en qui concerne la démographie" (p.82).
La Recommandation N° 10 fait appel à une politique explicite de la population et prévient que "la charge de la preuve incombe à ceux qui proposent des changements radicaux, gardant toujours en vue que toute croissance de population inflige des frais sociaux et d'environnement ..."
Les Recommandations 11, 14 et 15 conseillent que l'Australie se mette en retrait par rapport à son économie de haute consommation, reconnaisse l'effet de l'immigration sur sa population indigène d'Aborigènes et d'Insulaires du Détroit de Torres et, priorité pressante, favorise le développement et l'usage d'une technologie qui épargne l'environnement.
Le dossier insiste sur le besoin pressant d'une base d'information solide et complète à partir de laquelle on puisse projeter en détail les conséquences de scénarios démographiques variés. Comme l'a dit Barry Jones, "Autrement nous sommes en train de débattre des impondérables avec d'autres impondérables". L'éducation du public est très faible en ce qui concerne la communication de l'information nécessaire pour calculer les effets de la croissance démographique, et le dossier note un manque de compréhension de la communauté devant le fait que "si une croissance démographique de quelques millions peut avoir lieu en quelques années, par contre la décroissance de la population pour revenir au niveau antérieur demanderait des siècles" (p.145).
Bien que le dossier envisage le scénario d'une population aussi grande que 50 million d'Australiens, ailleurs (voir page 39) dans "Contraintes de Ressources sur la Croissance Démographique", il est suggéré que l'Australie devrait tenir compte d'une suite de mauvaises saisons pour l'agriculture, en fixant un chiffre de 30-35 millions d'habitants compte s'il y a des restrictions alimentaires. Il considère la possibilité d'importer de la nourriture en cas de disette, mais nous met en garde sur la fait que la stabilité politique du monde ne peut pas être garantie: "Toutefois il est difficile de supposer que la nourriture pourrait être importée pour un tel nombre de personnes dans des conditions commerciales supposant des prix réels des denrées alimentaires identiques aux prix actuels. Cela dépendrait des taux de l'exportation des non-comestibles et de l'offre et la demande pour la nourriture sur les marchés internationaux dans un monde beaucoup plus surpeuplé mais toujours bien réglé" (p.40).
Le dossier remarque que ne pas choisir activement son chemin revient à la même chose que de choisir un scénario où "la migration en masse sans contrôle pourrait s'imposer en Australie ou par voie militaire ou par une avalanche de l'immigration illégale ... Cela parce que le statu quo est que la population de l'Australie augmente rapidement dans l'état actuel (se doublant tous les 30 ou 40 ans) , et que dans l'immédiat les pressions politiques pour que cela continue semblent plus fortes que les pressions contraires " (Pp 116-117).
Le jugement récent de la Cour Suprême Fédérale (rapporté par le journal The Sydney Morning Herald p.12, éditorial du 12 décembre 1994 ): "La peur de la stérilisation permet à un couple Chinois de rester en Australie comme réfugiés à cause de leur peur d'être stérilisés de force s'ils rentraient en Chine a soulevé des questions extrêmement difficiles. Hormis le fait qu'il n'existe aucune politique de l'État Chinois de stérilisation involontaire ou d'avortement de force, et malgré quelques abus de la part de certains fonctionnaires, accepter les accusations de ce couple met en train théoriquement la possibilité de plus d'un billion de réfugiés de Chine. Pour mettre la situation en perspective, toute la population actuelle de l'Australie équivaut à une année de croissance démographique chinoise."
Partout dans le dossier on a insisté sur le besoin de faciliter la discussion et la consultation démocratiques pour définir la population australienne à long terme. Cette façon de s'y prendre contrastait avec celle du ministre australien de l'immigration de l'époque, le sénateur Bolkus, et celle de son département, où des décisions vraisemblablement arbitraires ont été communiquées d'en haut et où il y a eu un refus absolu de discuter ces politiques d'immigration ont tant de conséquences sur les données démographiques.
Ce dossier, "La Capacité Démographique de l'Australie, Une Nation - Deux Écologies" reste une oeuvre ample et un commencement très valable pour une base nationale de données sur la population, l'environnement et la qualité de vivre australiens. Même s'il n'est pas parfait, cela a fourni une base de débat nationale ouverte et de bon niveau.
En fait cette initiative pourrait être la première de son espèce où une nation du "premier monde" tente d'estimer la charge de population par une base d'analyse raisonnée. L'Australie a l'habitude d'imiter les tendances politiques et sociales du reste du monde "développé". Peut-être dans ce cas-ci le reste du monde aura l'idée d'imiter l'Australie?
Le protocole du gouvernement australien était de s'occuper du dossier et de le débattre en moins de six mois après sa sortie, mais le rapport fut passé sous silence jusqu'en 1997.
Maintenant nous avons un nouveau gouvernement, et le ministre pour l'immigration et les affaires ethniques a rouvert le débat, de façon discrète faible il est vrai.
Pourquoi si peu d'enthousiasme? L'industrie du bâtiment et les promoteurs immobiliers, qui sont riches, qui emploient beaucoup de gens à court terme, ont ainsi une puissante influence sur tous les partis politiques et continuent sans doute leur pression. Mais il y a eu aussi une montée de forces australiennes semblables au mouvement français lepéniste. Ces forces sont menées en ce moment par Mme Pauline Hanson et elles ont capté l'imaginaire populaire des mêmes groupes abandonnés par la transnationalisation du capital, la globalisation et l'affaiblissement des lois de travail. Cette situation est aggravée par le gouffre qui s'est ouvert entre la population rurale et la population urbaine. Pire, puisque le gouvernement apporte une aide financière au peuple indigène d'Australie, qui habite principalement en zone rurale, les autres ruraux sont devenus jaloux, sur fond de difficultés économiques. A eux se sont joint le petit capital menacé et les chômeurs des villes. Maintenant une partie de ces groupes se sont tournés contre les Aborigènes, en faisant des boucs émissaires. L'autre bouc émissaire de ce mouvement est la population asiatique australienne, puisqu'elle est facilement visible, donc identifiable comme réceptrice présumée des allocations associées aux compétences du Ministère de l'immigration, le multiculturalisme et la population. Le fait que ces jugements populaires sont basés pour la plupart sur des préjugés ne semble en rien altérer leur force.
Il devient donc urgent que le gouvernement adopte la recommandation du dossier sur la capacité démographique de l'Australie, qui favorise la séparation des administrations et les politiques de l'immigration et de la population en deux départements distincts. Ainsi nous pourrions éviter de continuer de confondre le multiculturalisme (qui est une bonne chose) avec le taux d'immigration que la plupart des Australiens estiment trop élevé pour des raisons écologiques et économiques.
Pour obtenir le dossier envoyer 16.95 $ (australiens) à " Australian Government Publishing Service, 347 Swanston Street, Melbourne, L'Australie 3000. Tél. (613) 9663 3010. Demander le Numéro 9429067 du catalogue .
Voici un dessin de l'Australie en vert foncé et orange reproduisant l'illustration de jaquette du dossier "La Capacité Démographique de l'Australie - Une Nation, Deux Écologies".(L'autorisation écrite de reproduire cette illustration a été obtenue auprès du Président et de la Secrétaire du Comité qui a produit ce dossier.)
Les 'îlots' verts représentent schématiquement les zones (relativement) fertiles du continent. L'orange représente les zones désertiques et peu arables. Bien qu'il existe des zones côtières à l'extrême nord du pays qui sont bien arrosées, le sol y est terriblement pauvre.
La pauvreté générale des sols australiens est due au manque d'événements volcaniques ou glaciaires récents, nécessaires au renouvellement du sol. L'événement volcanique le plus récent eut lieu il y a plus de dix millions d'années dans une région au sud-est du continent (qui est relativement fertile.)
L'Australie a peu de rivières permanentes. Des manoeuvres considérables effectuées sur ses systèmes fluviaux, plus la destruction d'un tiers des forêts et de la végétation indigène, ont accélère la dégradation du sol et contribué à la salinisation étendue et à l'avance implacable du désert.
Les "îlots" de fertilité relative sont aussi
l'habitat choisi de la plupart de la faune et flore australiennes,
qui sont obligées de concourir pour ces domaines avec une
population humaine urbanisée, hautement consommatrice, et en
croissance rapide.
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